Blv. "Gjergj Fishta", Nd 70, Tirana, Albanie

Ben Blushi est né à Tirana en 1969. Il a étudié à l’Université de Tirana, et a reçu un diplôme pour ses études en albanais et littérature à la faculté de philologie de la la même université. Il a été l’éditeur en chef du journal Koha Jonë et en 1999 s’est embarqué dans une carrière politique dans le cabinet du Premier ministre albanais. Pendant quelques mois, il a servi comme vice-ministre aux affaires étrangères. À la fin de l’année 2000, il est devenu préfet de Korça et, en 2011, il a été nommé ministre de l’éducation. Blushi est actuellement un membre du parlement du Parti socialiste.
Sa relation à la littérature est à la fois personnelle et familiale. Son père est un écrivain connu en Albanie. Le talent de Blushi est arrivé à un âge mature et a été extrêmement prolifique : 4 romans en 5 ans.
En avril 2008, Ben Blushi publie son premier roman Të jetosh në ishull (Vivre sur une île) qui reçoit un immense succès. En quelques mois, le livre s’écoule à plus de 30 000 copies, un record pour le marché albanais. Ce roman de 400 pages offre au lecteur d’une vue d’ensemble de l’histoire albanaise sous l’empire ottoman (XVème-XVIIIème siècle) narrant de manière quelque peu controversée l’islamisation du pays. Un an plus tard paraît son deuxième roman Otello, Arapi i Vlorës, qui sera suivi en 2012 par Shqipëria (Albania). Avec le roman Othello, Ben Blushi reçoit en 2009 le prix de « L’auteur de l’année » à la Foire du livre de Tirana. Mis ensemble, ses trois romans forment un triptyque, symbole d’une nouvelle littérature albanaise de qualité et représentant un phénomène culturel qui mérite de franchir les frontières albanaises dans la décennie à venir. Enfin, en avril 2014, Blushi a publié un livre d’essais intitulé Hëna e Shqipërisë.
Le nom de Blushi et son oeuvre ont bousculé la littérature albanaise : des dizaines de milliers de livres ont été vendus et ont généré de nombreux débats dans les médias et les cercles littéraires.
Au cours de ces 20 dernières années, Blushi est considéré comme étant l'écrivain albanais ayant vendu le plus de livres.

Blv. "Gjergj Fishta", Nd 70, Tirana, Albanie
Translated by Saverina Pasho
Othello ne connaissait pas l’amour, cependant son cœur était assez grand pour le porter et assez patient pour l’attendre. Lorsqu’il habitait le désert, il était petit, arrivé à la Sérénissime il était esseulé, alors qu’à Vlora il était apeuré. Lors de ces trois voyages de sa vie, il ne pensa jamais à l’amour, car quand on est petit, esseulé et effarouché, on songe volontiers à des choses simples comme la joie, l’amitié et la sérénité. Mais, à mesure que le cœur de l’homme grandit, l’amour grandit aussi. Stéphane Gjika, ayant vu le cœur d’Othello, dit qu’il était plus rouge que celui des autres. Stephan Gjika n’aurait pas échangé son cœur pour le sien, pour ne pas éprouver davantage de souffrances, naturellement ; mais il pensait qu’Othello était prêt pour l’amour. C’est ainsi qu’un jour il lui demanda: Sais-tu ce qu’est l’amour ? À son grand étonnement, Othello réagit comme un homme et non comme un enfant, et répondit oui.
Qu’est-ce que l’amour, alors? demanda-t-il de nouveau. Othello regarda par la fenêtre en clignant des yeux comme pour se rappeler mot à mot quelque chose qu’il devait bien connaitre, et dit: L’amour est la relation entre un homme et une femme. Et c’est tout? Continua le médecin. Il ya relation aussi entre un frère et une sœur, n’est-ce pas? L’amour entre frère et sœur passe par les parents, répondit Othello. L’amour entre l’homme et la femme passe par les enfants. Stéphane Gjika eut alors l’impression de parler à un cactus du désert qui n’aurait vu que ses racines, jamais le feuilles. Othello avait une fleur dans son cœur et un cactus dans sa tête, mais il l’ignorait. Dans le désert, on lui avait enseigné que l’amour est, évidemment, un berceau rempli de bébés, et que si un mari et une femme n’avaient pas d’enfants, pourquoi s’aimeraient-ils. Il n’est pas encore prêt pour ce monde, se dit le médecin et ses petits yeux se dilatèrent comme s’ils avaient trouvé une oasis au beau milieu des sables. Un homme et une femme peuvent s’aimer même s’ils n’ont pas d’enfants, dit-il à Othello. Si cela est vrai, Marco Polo et la grand-mère d’Albano Contarini ne se seraient jamais aimés, répondit Othello naïvement. Stéphane Gjika se mit à rire. Le cactus d’Othello avait commencé à boire l’eau du creux de sa main. Il connaissait chaque partie, chaque veine, chaque fibre du corps d’Othello, mais cela ne lui suffisait pas: Il était un sacré curieux qui croyait que le corps humain est relié à la tête tout comme la terre au ciel; que, si le ciel ne versait pas d’eau, la terre brûlerait et que si la terre n’exhalait pas les vapeurs, le ciel ne verserait pas d’eau. S’il n’avait pas été aussi curieux, il ne serait pas devenu médecin, mais jardinier ou peut-être marchand et alors il aurait dédié sa conscience et ses efforts aux choses, non aux hommes. Il avait choisi les hommes et, dès lors, ses yeux fouillaient leur corps et leur esprit.